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L´INSOLENCE ET LA GLOIRE   -   Chroniques du turf   1979-2004

michmorice

Irrévérence

8 février 1986

A Bordeaux, le président d´un club de football distribue des cartons rouges à certains journalistes, taxés de "déviationnisme"... A Vincennes, un entraîneur-driver en renom stigmatise "l´attitude des journalistes qui cherchent à donner des leçons". Il "estime qu´ils n´ont pas à empiéter sur un domaine qui n´est pas le leur". Même reproche de la part des commissaires : ils connaissent leur métier. Ils sont juges souverains. Ils distancent (ou pas) en leur race et connaissances (je veux dire : en leur âme et conscience !). Qu´on ne vienne pas leur apprendre à trotter en famille ! Apparemment, Georges Marchais a fait des émules, dans les stades et sur les hippodromes, avec son : "Taisez-vous, Elkabbach !".

Il y a manifestement, chez les uns et les autres, erreur sur l´idée qu´ils se font du rôle du journaliste. Hélas ! Notre profession est en partie responsable du quiproquo : certaines signatures de la presse écrite, certains m´as-tu-vu de l´audiovisuel ont pu faire croire, par leur attitude toujours bienveillante envers toutes les formes du pouvoir, que le journaliste n´est qu´un illustrateur, un faire-valoir, un orchestrateur chargé seulement de répercuter l´écho des exploits réalisés par les stars de l´actualité.

La flatterie et la caresse obséquieuse deviennent vite des drogues et le béni-oui-oui un pourvoyeur et un acolyte. Etant assis à la même table, le plus souvent bien garnie, il ne peut lui venir à l´idée de "cracher dans la soupe" !

C´est du moins ce que l´intoxiqué veut faire croire à son "dealer". Mais cela n´est pas vrai, car voici toute l´ambigu ïté du rôle du journaliste : s´il écrit sur des vedettes, il n´écrit pas pour elles. Il parle d´elles, pas à elles. Son unique interlocuteur est son lecteur, son auditeur ou son téléspectateur : le public. C´est à lui seul qu´il a des comptes à rendre. C´est lui qu´il doit défendre et, quelquefois, contre les abus de pouvoir desdites vedettes. C´est vrai en politique, au football, c´est vrai surtout en matière de courses de chevaux. Un chroniqueur hippique digne de ce nom doit ériger en système le doute, la critique et l´irrévérence !

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