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L´INSOLENCE ET LA GLOIRE   -   Chroniques du turf   1979-2004

michmorice

Retour au bercail

3 mai 1986

Faut-il ébruiter l´affaire ? N´est-il pas dans l´intérêt des courses de laisser les choses se faire selon le mode habituel, en ce domaine fiscal que l´Etat appelle si justement les "recettes de poche" : subrepticement... Porter le débat sur la place publique ne risque-t-il pas de faire capoter un projet qui ressortit à la plus pure moralité publique ?

Ecoutez... Que cela reste entre nous ! Pas un mot à la reine... des pommes - je veux dire au mouton Lotophage, puisque c´est de lui qu´il s´agit. On s´apprête à le tondre à ras, ce doux rêveur qui paît les mornes plaines de l´espoir irraisonné !

Déjà, il n´était pas très bien loti, le gogo du Loto. On lui prenait à la source 47 % de sa mise. Mais sa passivité et son bon vouloir sont tels que les pouvoirs publics ont projeté de faire passer à 63 % le taux du prélèvement sur les gros gagnants. Un décret va être publié, incessamment, qui prévoit l´instauration d´un "P.S.P." (Prélèvement Supplémentaire Progressif) allant de 10 % à 30 % du montant des lots, selon leur importance.

Devant l´Assemblée nationale, le ministre a défendu fort habilement son projet. Il s´est servi de nous, les turfistes, comme d´une caution. Les courses ont leur "P.S.P." depuis longtemps, a-t-il dit. Il n´y a pas de raison pour que le Loto n´ait pas le sien, à son tour. Bien sûr, Alain Juppé s´est bien gardé de préciser que ledit "P.S.P." avait pour effet de faire culminer le taux des prélèvements hippiques à 38 % (ce qui est déjà au-delà de la limite du supportable pour un pari "raisonnable"), soit environ vingt-cinq points (40 % !) au-dessous du taux maximal prévu pour le Loto.

Théoriquement, un tel déséquilibre de régime fiscal entre deux produits concurrents sur le marché du rêve devrait ramener au bercail le troupeau qui s´était égaré, il y a quelques années, sur les terres stériles du hasard pur. N´y comptons pas trop tout de même... Allez expliquer à un illuminé ordinaire, auquel on vient de remettre un chèque de cinq millions de francs, que l´Etat-pickpocket lui a fauché deux millions ! Il ne criera pas : au voleur ! pour les deux millions. Il dira : merci beaucoup ! pour les cinq millions...

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