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L´INSOLENCE ET LA GLOIRE   -   Chroniques du turf   1979-2004

michmorice

Poudre aux yeux !

17 mai 1993

Longchamp distille son élixir d´espérance : goutte à goutte, posément, comme savent le faire les moines bénédictins. Il a l´éternité devant lui, Longchamp. Pourquoi voudriez-vous qu´il se hâte, qu´il précipite le cours de la sélection, alors qu´il peut mener à bien son ouvrage dans le calme, avec ordre et raison ? Et sans idées préconçues ! Car les a priori, c´est ce qui manque le moins sur un hippodrome.

Hier, nos convictions touchaient même à l´évidence, avant les deux Groupes I du jour, la Dubaï Poule d´Essai des Pouliches et le Prix Lupin. Jamais favoris n´avaient paru aussi indiscutables qu´Armiger ici et Baya là. Pourtant, l´un et l´autre ont été battus. Et de la manière la plus régulière qui soit. Oh ! bien sûr, il est toujours possible d´épiloguer sur la mauvaise inspiration - ou plutôt sur l´excès de confiance manifesté par Thierry Jarnet, dans le classique pour pouliches. La course ayant bardé dès le départ, sous la double impulsion des pacemakers, Kiruna et Tenga, il a sans doute eu tort de vouloir lancer Baya dès le milieu de la fausse ligne droite, alors que sa partenaire n´était pas encore bien équilibrée. Le contraste fut criant, entre sa précipitation et le sang-froid de Cash Asmussen, qui attendait en embuscade le bon moment pour porter son attaque, avec Madeleine´s Dream.

Mais non ! Une monte inspirée n´aurait rien changé. La fille de Nureyev se serait inclinée de deux encolures, derrière la fille de Theatrical et celle de Lyphard, Ski Paradise, au lieu de leur avoir concédé une longueur, in extremis. Il faut se faire une raison : Baya n´est pas celle que nous croyions. Son physique imposant et son turn of foot du Prix de la Grotte nous avaient abusés.

Poudre aux yeux, aussi, que cette réputation d´invincibilité faite par les Anglais à leur ci-devant invaincu, Armiger. Dès le paddock, on vit qu´il tenait plus du boeuf que du taureau, du valétudinaire aux membres bandés que du champion en pleine possession de ses moyens, le protégé d´Henry Cecil. Il ne parut pas plus à l´aise en course, où il prit la direction des opérations par la force des choses, dès la sortie des stalles, passant ensuite son temps à changer de jambe, jusqu´à l´entrée de la ligne d´arrivée. La première pointe venue - ce fut celle de Hernando - l´épingla comme un papillon sur son bouchon.

Il y a huit jours, après la victoire de Kingmambo, nous nous étions réjouis d´avoir revue victorieuse au plus haut niveau "la belle équipe", François Boutin-Cash Asmussen. Que dire de plus aujourd´hui, après ces deux nouveaux succès ? Que la joie de François Boutin, illuminant un visage rendu encore plus expressif par l´amaigrissement de la maladie, a irradié Longchamp.

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