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L´INSOLENCE ET LA GLOIRE   -   Chroniques du turf   1979-2004

michmorice

La malice, c'est la lice !

28 juin 1993

Faut-il pleurer, faut-il en rire ? A la fin du XXè siècle, Longchamp a désormais le monopole de cette "incertitude" que les Anglais - gens dotés d´humour - se plaisent à qualifier de "glorieuse", lorsqu´elle s´exerce sur cette herbe rase qu´ils nomment "turf". Quand on vous dit qu´au Curragh le Derby d´Irlande se réduit à un match entre deux champions, l´un venu d´Epsom, Commander in Chief, l´autre de Chantilly, Hernando, le match a bel et bien lieu comme annoncé et, comme prévu par les bookmakers de la City, il se termine à l´avantage du concurrent britannique (il y a deux ans, le scénario s´était déroulé d´une manière strictement identique, le Derby winner, Generous, s´étant rendu maître du lauréat du Prix du Jockey-Club, Suave Dancer).

De ce côté-ci de la Manche, c´est différent. Il faut dire que le Français, esprit cartésien mais retors, aime à compliquer les données du problème. Au bois de Boulogne, la malice c´est la lice ! On sait que, comme le crocodile qui fait le mort dans le marigot pour mieux tromper sa proie, elle semble inerte, la lice, mais elle ne l'est pas, elle est cruellement dotée de mobilité. Lorsqu´elle est dite "à zéro", le turfiste les a... au même degré: il sait qu´un tapis roulant va s´ouvrir le long de la corde, qui favorisera iniquement les petits privilégiés de la poudre d´escampette. Le diable, donc, c'est qu'elle ondule: elle est là, elle n'est pas là, la navette fonctionne, ne fonctionne pas, un jour c´est la fête aux attentistes à pointe finale, le lendemain la kermesse aux lapins qui détalent : ni vu, ni connu, c´est l´embrouille... Non, rectification : au vu et au su de chacun ! Car on est honnêtement prévenu, au pays de Descartes : on vous donne le chiffre du "pénétromètre", celui de la lice, le numéro de stalle de chacun des concurrents, la température atmosphérique, le degré hygrométrique, le secteur et la force du vent... Seul, reste évidemment à déterminer l´âge du capitaine...

Par conséquent, il n´était pas besoin d´être Einstein, hier, pour résoudre ce petit problème de logique hexagonale : sachant que la lice mobile était à zéro, que la piste était favorable à la vitesse (pénétromètre à 2,6), que Fort Wood (caractère ombrageux) était pour la première fois de sa carrière muni d´oeillères, qu´en outre ce fou furieux ne connaît qu´une seule tactique, la tête et la corde et que, justement, il avait tiré un petit numéro de stalle; sachant, enfin, que son jockey, le jeune Guillot, qui l´a eu souvent dans le nez (et à qui on a même tiré les oreilles) a maintenant dans le dos un vent très favorable... Comment ledit Fort Wood pouvait-il ne pas gagner, de bout en bout et à 20/1, le Grand Prix de Paris ?

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