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L´INSOLENCE ET LA GLOIRE   -   Chroniques du turf   1979-2004

michmorice

Renversement de fortune

4 octobre 1993

Comme le handicap, le terrain lourd est la chance des humbles. Disputé sur un sol profond à y perdre son pénétromètre, l´Arc de Triomphe de 1993 - et le Ciga Week-End tout entier ! - se présentait comme le rendez-vous de la revanche, pour les offensés et les humiliés du succès. Depuis le début de l´année, les chevaux de l´entraînement Boutin avaient raflé 43,75 % des courses de Groupe I disputées de ce côté-ci de la Manche. Ceux de l´entraînement Fabre 25 %. A eux deux : 68,75 % ! Si l´on étend le calcul à la totalité des courses de Groupe, on arrive encore à ces chiffres terrifiants (pour leurs confrères !) : 36 % des courses principales gagnées par André Fabre, 16,66 % par François Boutin. Total des deux : 52,50 % !

Eh ! bien, les deux ogres du turf ont fait ceinture tout au long d´un week-end qui leur promettait, une fois de plus, monts et merveilles ! Leur armada de favoris a sombré tout entière : engloutie dans le bourbier. La place - et le goût ... - nous manquent pour nous apitoyer sur les naufrages des Psychobabble (Grand Criterium) et des Coup de Genie (Prix Marcel Boussac), des Arcangues (Prix Dollar), des Raintrap (Prix de Lutèce) et des Elizabeth Bay (Prix de l´Opéra). Contentons-nous de dire le comment - à défaut de tous les pourquoi... - des échecs des trois favoris de l´Arc, le Boutin Hernando et les Fabre, Wemyss Bight et Intrepidity.

La dernière nommée aurait dû gagner. Contrainte de virer au large du monstrueux peloton (vingt-deux unités à contourner !), puis gênée par les vagues terrifiantes provoquées, à mi-ligne droite, par son compagnon d´entraînement, Talloires-le-barbare (qu´on appellera bientôt le désaxé des lignes droites : cela fait deux fois, en Italie, puis à Longchamp, qu´il se jette dans tous les sens, comme un fou...), Intrepidity a déployé, tout à l´extérieur, dans les deux cents derniers mètres, les foulées splendides qu´on lui connaît. Trop tard, hélas, pour faire triompher la logique pure du turf !

Quant à Hernando et à Wemyss Bight, ils ont terminé, respectivement, aux seizième et vingt-et-unième rangs, sans avoir jamais donné la moindre illusion à leurs partisans. Le terrain lourd n´explique sans doute pas tout : le poulain, notamment, avait paru "sucé" au paddock. Ce n´était plus, à l´automne, ce lion superbe et généreux que le printemps et l´été nous avaient fait connaître.

La victoire n´est pas allée à la classe mais au courage, à la double aptitude au terrain lourd et à la course en avant et, enfin, à la chance... La chance, pour la 4 ans, Urban Sea, d´avoir tiré une bonne place à la corde et d´avoir pu se glisser, dans la ligne d´arrivée, le long de la lice, là précisément où le tapis roulant de la corde fonctionnait à pleine vitesse. Empressons-nous de dire que ce succès heureux d´un outsider à 38/1 ne pouvait pas mieux tomber ! La Fortune comblait ainsi l´un de nos entraîneurs les plus éclectiques et les plus méritants (on sait sa réussite sur l´obstacle !), Jean Lesbordes, homme du Midi, chaleureux et sensible (n´a-t-il pas éclaté en sanglots, quelques minutes après l´arrivée ?).

La personnalité de sa jument - un caractère qui est évidemment le reflet de celui de son mentor... - n´est pas moins sympathique. Elle a parcouru le monde entier, par monts et par vaux, on l´a vue au Canada, aux Etats-Unis, à Hong Kong, en Grande Bretagne et... au Lion d´Angers, l´avant-dernière fois, pour gagner une simple "listed". Non, Urban Sea n´est pas prétentieuse. La vanité, son entraîneur aussi la laisse à d´autres.

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