pursang1
pursang2

L´INSOLENCE ET LA GLOIRE   -   Chroniques du turf   1979-2004

michmorice

Grève sur le tard !

2 mai 1994

1er mai. C´est la lutte... initiale, à Longchamp. L´internationale du pur-sang défile dans le Ganay, premier Groupe I de l´année. En tête du cortège, venus d´Angleterre et d´Allemagne, les délégués de la CGT (Crème des Gagnants du Turf). La manifestation est unitaire, ils avancent main dans la main avec ceux de FO (France Offerte). Comme c´est émouvant ! Le monde des courses n´a plus de frontières. Destriers de tous pays, unissez-vous !

Et que pas une tête ne dépasse ! Tous égaux devant le poteau d´arrivée. Une minute de travail de réclamer ne vaut-elle pas une minute de galop de crack ? C´est cela, le socialisme hippique ! Comme à la loterie du handicap, chacun doit avoir son tour de victoire, chacun a droit à son jour de gloire. Arrivé à l´âge canonique de sept ans, Marildo, après avoir un peu sauté et beaucoup couru le handicap, s´était mis en pré-retraite dans le semi-classique. En faisant des heures supplémentaires, il avait amélioré son ordinaire avec du Groupe III (Grand Prix de Vichy) et du Groupe II (Prix d´Harcourt). Notre parvenu tardif ne se sentait plus du tout déplacé dans le beau monde; secrètement, il avait pris des goûts de luxe; il lorgnait la prouesse, il rêvait d'apothéose, il voulait partir au haras sur un triomphe dans un vrai classique, un Groupe I.

Alors, par solidarité de classe, les syndicats ont mis le petit peloton en grève. Consigne respectée par tous. Avec abnégation par Intrepidity (elle musardait au dernier rang dans une course sans train); avec des excuses toutes trouvées pour Urban Sea et Vert Amande (le terrain était trop ferme : ils n´avaient pas leur action habituelle) et pour Bob´s Return (pris de vitesse sur une distance à l'évidence trop courte); avec une certaine brutalité dans la confiscation des moyens de production, aussi, il faut bien le dire, puisqu´on a vu le délégué allemand, Kornado, prendre en otage et mettre hors d'état d'agir le représentant anglais, Ezzoud, dans la dernière ligne droite.

Marildo, le brave Marildo, peut donc partir à la retraite le coeur en fête. Il l´a, son Groupe I ! Surtout, n'allez pas lui dire qu´on le lui a offert : il est persuadé qu´il l´a obtenu à la force de son vieux poignet. Lui qui préférait le terrain lourd et qui ne connaissait que la course en avant, il a réussi son exploit sur du ferme et en pratiquant la course d´attente ! Quand il sera au haras, l´an prochain, à huit ans, on imagine son baratin aux jeunes pouliches : "Ah ! Si Smaga, mon paternel, m´avait gardé encore seulement deux ou trois ans à la maison, vous auriez vu cela, les filles, j´aurais gagné l´Arc de Triomphe ! Et vous savez comment ? Après être resté au poteau..."

<< >>

Contactez Michel Morice

Site réalisé par: Sylvie Morice - Photos: Bernard Gourier - www.bernardgourier.com

Copyright © 2006