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L´INSOLENCE ET LA GLOIRE   -   Chroniques du turf   1979-2004

michmorice

La statue du Commandeur

3 juillet 1995

Comme partout ici-bas, là-haut, sur la colline de Saint-Cloud, c´est le ciel qui décide. Le gros orage et les fortes pluies qui se sont abattues sur la région parisienne, en début d´après-midi, ont offert le Grand Prix à Carnegie. Autant en favorisant un cheval qui n´est lui-même que sur une piste au moins souple, qu´en réduisant à néant les chances de ses deux principaux rivaux, Tikkanen, totalement allergique à la moindre goutte d´eau, et la vieille matrone anglaise, Only Royale, qui n´a pas usurpé son titre de "jument d´été" (ses cavaliers seuls, chaque année, sur le macadam de la mi-août, dans les Yorkshire Oaks !).

Les principaux adversaires de notre tête de liste mis hors d´état de lui nuire, il n´y avait plus qu´un "X" sur la courte liste des partants : que valait exactement cet inconnu, le 3 ans britannique Luso, qui revenait d´un voyage d´agrément en Italie, le front ceint d´un laurier à bon marché ? Pas de titres transcendants, non, mais un physique impressionnant, au paddock et, au dire de son entraîneur, Clive Brittain, de solides qualités morales : s´il l´avait "supplémenté", c´est que son poulain manifestait des progrès lors de chacune de ses sorties.

Crânement, à la mode de Grande-Bretagne, il a pris la tête du petit peloton, ledit Luso, dès la ligne d´en face. Un démarrage savamment progressif, à la sortie du dernier tournant et, déjà, il apparaissait clairement que, derrière ce fier cadet, il n´y avait plus personne ! Plus personne, sauf, bien entendu, marmoréenne, la statue du Commandeur, notre ex-lauréat du Prix de l´ Arc de Triomphe, sur lequel Thierry Jarnet, froidement, attendait l´instant propice. Pauvre petit Don Juan anglais ! Jusqu´à proximité immédiate du poteau d´arrivée, il crut pouvoir échapper à son sort fatal. Mais, aux courses comme dans la tragédie classique, ce n´est jamais avant l´ultime scène du dernier acte que les destins sont scellés...

Le rideau baissé, le spectateur reprend ses esprits et il commence à se poser les questions essentielles. Celle-ci, par exemple... Si, par la ligne de Court of Honor, on pose cette équation : Luso égale Lammtarra moins quatre à cinq longueurs, alors cela voudrait-il dire que Carnegie, notre meilleur vétéran, ne fait pas du tout le poids, face à la jeune classe anglaise ?...

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