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L´INSOLENCE ET LA GLOIRE   -   Chroniques du turf   1979-2004

michmorice

Le hasard et la nécessité

3 juin 1996

Il n´y a pas d´effet sans cause. Tout se tient ! Le 8 août 1995, à 14 H 30, deux poulains de deux ans faisaient leurs premiers pas en public, à Deauville. Le Triton et Ragmar prenaient, dans cet ordre, les deux premières places du Prix de Crêvecoeur, une course pour débutants qui n´avait réuni que cinq partants. Hier, à Chantilly, le premier nommé a gagné le Prix Jean Prat (Groupe I), le deuxième le Prix du Jockey-Club (Groupe I).

Tout se tient ! Douze semaines plus tard, le dimanche 29 octobre 1995, à 16 H 30, deux poulains, un anglais, un français, finissaient dans la même foulée à l´arrivée du Criterium de Saint-Cloud (Groupe I, cinq partants). La photo-finish les départageait : Polaris Flight avait battu Ragmar d´une courte-tête. Sept mois et un dimanche plus tard, à 16 H 45, Chantilly attendait aussi longuement le développement de la photographie, après l´arrivée du Prix du Jockey-Club. Cette fois, c´était le français qui était le gagnant, un nez devant l´anglais.

Tout se tient ! A Saint-Cloud, l´ex-réclamer, Oliviero, prenait la troisième place, tout près (à une longueur !) et à une cote d´extrême outsider. Hier, à 40/1, le même Oliviero s´octroyait le dernier lot du quinté, ex-aequo, à l´issue d´une fin de course brillante, le long de la corde, arrachant le dead-heat au grand favori, Hélissio...

Glorieux et inéluctable enchaînement de causes et d´effets, illustrant, d´une manière implacable, la rigueur et la nécessité du système logique qui régit le turf ? Rassurante cohérence du présent avec le passé ? Admirable constance de l'ordre établi ? Formidable solidité des hiérarchies constituées ? Ou bien plutôt succession fortuite de coïncidences aberrantes, monstrueux canular du destin, rire homérique des dieux du hasard pur et des génies du n´importe quoi ?...

Le destin rieur... Justement, il y a, comme un clin d'oeil, à la troisième place de notre Prix du Jockey-Club, un poulain qui porte ce nom, parti à 40/1, comme Oliviero (40/1, c´était aussi la cote de Polaris Flight, notons-le par parenthèse...). Alors, oui, n´en doutons plus : rigolard, Le Destin, ou plutôt ricaneur... Les mauvais génies de la forêt de Chantilly se sont carrément moqués de nous... Comment les choses ont-elles pu en arriver à ce point d´absurdité ? Eh ! bien, disons, d´abord, que Dominique Boeuf, le jockey de Hélissio, le poulain qui "courait seul" sur le papier, s´est avéré un auxiliaire très efficace pour aider la fatalité dans sa sinistre besogne. Pendant les deux-tiers du parcours, il s´est battu consciencieusement avec la bouche du grandissime favori, lequel paraissait vouloir grimper aux arbres, dans la ligne d´en face, la tête au ciel, l´encolure à angle droit et les yeux exorbités. Bien entendu, dans la ligne d´arrivée, Boeuf n´avait plus rien en main...

Même spectacle - un peu plus discret, toutefois - avec Freddy Head et Dark Nile. Pour que les partisans de ce dernier n´aient pas de regrets, le poulain tombait boîteux en fin de parcours. Arbatax et Cash Asmussen ? Ils semblaient ne devoir faire qu´une bouchée de tout le lot, en tête du peloton, à mi-montée et puis, pfuitt... plus personne ! Bon, maintenant, trève de plaisanteries ! L´échelliste doit chercher ses "témoins" pour coter la course. Oh ! là, là... A charge, les témoins ! Il faut remonter à 1988, l´année où Hours After devançait Ghost Buster´s (qui se souvient encore de ces deux ostrogoths-là ?) pour trouver un Prix du Jockey-Club gagné dans une valeur aussi misérable !

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