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L´INSOLENCE ET LA GLOIRE   -   Chroniques du turf   1979-2004

michmorice

L´assommoir

10 janvier 1987

Statistiques, courbes d´enjeux, taux de prélèvements, variations concomitantes, budgets, milliards, frais de gestion, francs constants, chiffre d´affaires, déficit, financement... Toujours aussi abstraits et rébarbatifs les chiffres que j´ai l´habitude de citer ici, pour suivre les états de santé respectifs du cheval et du parieur français.

On veut du concret ? En voici ! J´ai reçu une longue lettre d´un turfiste "de base" - un de ces mordus du turf qu´on rencontre quotidiennement sur les champs de courses, silhouette familière et sympathique qui fait partie du décor, à Saint-Cloud et à Longchamp, à Auteuil et à Vincennes. M. N. est un parieur méticuleux. Depuis 1961, il tient le compte exact du montant de ses enjeux, avec le solde de sa balance des paiements hippiques, au franc près, année après année. Terrifiant document que ce résumé d´un quart de siècle de la vie d´un fervent du turf ! Que lit-on dans ce roman d´un flambeur ? Ceci, d´abord : de 1961 à 1974 inclus, douze années gagnantes, deux seulement perdantes (et de très peu). Depuis 1975, pas un seul exercice bénéficiaire.

Plus grave : depuis douze ans, le pourcentage des pertes par rapport au montant des enjeux ne cesse de croître. Il est passé, avec une progressivité étonnamment constante, de moins 0,3 % à moins 7,5 %. Sept pour cent : c´est en effet, à peu de chose près, le chiffre de l´augmentation des prélèvements sur les paris au cours de la dernière décennie...

Fascinante aussi, dans son évidence chiffrée, la conséquence de cet état de fait (le déficit permanent) sur les investissements de M. N. De 1961 à 1975, le montant annuel de ses enjeux ne cesse de croître. A partir de 1976, il stagne en francs courants (donc il décroît du montant exact de l´inflation, en francs constants). D´où, ce résultat affligeant : en 1986, M. N. a joué exactement la même somme qu´en 1975, mais il a perdu trente fois plus (7,5 % de la masse totale, contre 0,3 % douze ans plus tôt) !

Pourtant, M. N. me dit qu´il n´a pas conscience de jouer plus mal qu´auparavant. Il trouve seulement que les rapports ne sont plus ce qu´ils étaient... Aussi, ce passionné du turf a-t-il été contraint, la mort dans l´âme, de limiter progressivement la fréquence de ses visites à ses chers hippodromes. Voilà donc un fervent des courses à demi perdu pour le turf parce que l´augmentation des prélèvements lui a ôté le principal : l´espoir de "se défendre". Ce n´est pas vraiment du Zola, mais cette histoire est édifiante, vous ne trouvez pas, messieurs du Ministère des finances ?

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