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L´INSOLENCE ET LA GLOIRE   -   Chroniques du turf   1979-2004

michmorice

Le triomphe de la persévérance !

5 octobre 1998

C´est Paul Valéry, je crois, qui disait qu´il est vain d´être suspendu en permanence aux lèvres des plus grands hommes d´esprit : ils ne peuvent se maintenir constamment sur les sommets de la pensée. Pour eux aussi, la récréation, la basse tension intellectuelle est une nécessité transitoire. Il en va de même avec les institutions. Et le Prix de l´Arc de Triomphe en est une qui n´échappe pas à la règle. Après trois années d´apogée - Peintre Célèbre, Hélissio, Lammtarra - il éprouvait le besoin de se relâcher un peu, l´Arc !

Un Arc sans crack et avec deux champions qu´on pressentait déchus : le français, Dream Well et l´anglais, High Rise... Faute d´être promis à un cheval d´exception, on espérait qu´il illustrerait l´art d´un ou deux hommes de talent. Eh ! bien, cet espoir-là n´a pas été déçu. Le maître-horloger, André Fabre, a réalisé un chef-d´oeuvre de précision pour décrocher son cinquième Arc avec un mécanisme d´une délicatesse inou ïe ! Et ce diable de Peslier - son troisième seulement, lui, mais consécutivement - a fait le reste, en mettant en pratique une capacité d´obstination qui dépasse l´entendement de l´observateur lambda de la chose hippique !

Comment Sagamix a-t-il pu franchir en tête le poteau d´arrivée ? Il était battu au bas de la descente, quand le peloton est soudain sorti de son apathie pour tenter de rattraper le valet de pied de Godolphin, qui jouait en solo la fille de l´air. Battu au Pavillon, quand la brave anglaise, Leggera et le solide teuton, Tiger Hill, se sont mis à en découdre, assez laborieusement, il est vrai. Battu, à mi-ligne droite, lorsque Croco Rouge et High Rise, pas très heureux l´un et l´autre, ont commencé à donner de minuscules gages d´espérance à leurs partisans respectifs. Encore battu, à deux cent mètres du disque, comme étaient battus depuis longtemps, alors, les fantômes de Dream Well, de Sea Wave et de Zainta... Tout autre que Peslier aurait évidemment renoncé. Peslier a persévéré. Fol entêtement, opiniâtreté admirable... Sur le fil, le vaincu s´était mué en vainqueur !

Oh ! bien sûr, les échellistes vous diront qu´il n´y a pas grand mérite à avoir devancé de quatre petites longueurs le dénommé Happy Valentine, simple serviteur du décevant Sea Wave. Que l´allemand, Caitano, cinquième à deux longueurs et demie, n´est pas non-plus un témoin de bien haute moralité... N´empêche ! Comme le disait Jean-Luc Lagardère après l´arrivée (rappelant le mot célèbre de Federico Tesio) : trois éléments concourent, dans des proportions variables, à la victoire du cheval de course : les jambes, les poumons et le coeur. Chez Sagamix - comme pour tant de fils de Linamix ! - le coeur y est assurément pour plus de la moitié...

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