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L´INSOLENCE ET LA GLOIRE   -   Chroniques du turf   1979-2004

michmorice

Le rayon vert du crépuscule

29 octobre 2001

Un coucher de soleil sur le turf qui promettait monts et merveilles. Samedi soir, toute l´Europe du pur-sang, perchée sur les parapets de l´Atlantique, guettait le rayon vert. Et le prodige eut lieu ! Trois médailles d´or, aux Jeux Olympiques du Nouveau Monde - une pour chaque grande nation du Vieux Continent - plus deux médailles d´argent et deux de bronze... Quel carton, mes amis, dans la Breeders´ Cup !

C´est la France qui a donné l´exemple. Dans les trois sens du mot ! La première victoire européenne fut pour Banks Hill (Filly and Mare Turf). Ce fut aussi la plus facile : cinq longueurs, bien que Peslier se fût relevé longtemps avant de franchir le disque ! Surtout, ce fut la plus édifiante, puisqu´André Fabre était le seul de tous les entraîneurs venus de ce côté-ci de l´Atlantique à ne pas avoir cédé à la tentation du doping au Lasix. Exemplaire et courageux refus de se laisser aller à la facilité, sous le fallacieux prétexte - auquel le pays du libéralisme croit dur comme fer du despotisme ! - que la fin justifie tous les moyens.

L´Irlande de MM. Tabor-Magnier-O´Brien a suivi, avec un facile succès de l´invaincu, Johannesburg, dans le Juvenile. On n´ignorait pas que les maîtres de Ballydoyle se sentaient à l´étroit dans l´Europe des benjamins. Ils avaient accaparé les deux ou trois premières places de tous les Groupes I réservés aux 2 ans - qu´ils fussent anglais, français ou irlandais ! Un débordement hégémonique outre-Atlantique était dans l´ordre naturel des choses.

Vint ensuite le tour de l´Angleterre avec la victoire, très attendue, du Godolphin, Fantastic Light, dans le BC Turf. Pour que la suprématie du Vieux Continent sur le domaine de la tenue fût indiscutable, c´est le Tabor-O´Brien, Milan (le cinquième de l´Arc) qui - retrouvant une piste ferme à souhaît - est venu prendre la deuxième place, à trois-quarts de longueur du lauréat.

Léger bémol, enfin, dans le Classic. Certes, il n´y a pas de honte pour Sakhee - en jeu, le prestige de notre Arc ! - à avoir concédé une courte-tête, sur le fil, à l´américain Tiznow, déjà lauréat de l´épreuve en 2000 : c´était sa première tentative sur une piste en dirt ! Les échellistes vous diront aussi que sa performance traduit une valeur cotée inférieure d´un à deux kilos à son niveau habituel. N´empêche ! Si les rôles avaient été intervertis - Dettori ayant serré sa corde et Mac Carron ayant été contraint de faire les grands extérieurs, en plein virage - la courte-tête aurait été dans l´autre sens et le triomphe européen complet. Mais, à la réflexion, le moment eût-il été bien choisi, par les princes de Duba ï - six semaines après le tragique 11 septembre - pour faire boire à l´Amérique la coupe jusqu´à la lie ?

La lie, en France, au pays des grands crus, on est habitué à la mâcher et à la remâcher. Et même - étonnant masochisme ! - on ne déteste pas. Quand elle vous colle aux gencives, on dit que le vin a du caractère, on parle de tanin : ce goût râpeux ? Le terroir ! On jure que, sans elle, le breuvage perdrait tout son bouquet... Ouais, le bouquet d´une année bien amère, ce fut, en ce dimanche de clôture, à Longchamp, la énième victoire d´un concurrent britannique dans le classique du jour - en l´occurrence celle du 3 ans irlandais Vinnie Roe dans le Prix Royal Oak.

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