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L´INSOLENCE ET LA GLOIRE   -   Chroniques du turf   1979-2004

michmorice

Applaudissements et sifflets

7 octobre 2002

Autrefois divers et chamarré, le Prix de l´Arc de Triomphe tourne à la monotonie monochrome. On n´y voit plus que du bleu, ce bleu si agressif de la casaque Godolphin. Comme le magicien sort d´un chapeau son lapin improbable, Said Bin Suroor, l´entraîneur de la famille Maktoum, nous exhibe désormais à tout coup, début octobre, son gagnant venu de nulle part. Un lauréat Kleenex (on s´en sert, on le jette et puis on en prend un autre...), coulé, si l´on peut dire, chaque fois dans le même moule : c´est un cheval d´âge mûr au passé honnête, sans plus, qui se transforme soudain, sur le tard, en crack authentique. Pas pour longtemps : un jour seulement ! Comme un rasoir ébréché, il est voué aussitôt au rebut.

Marienbard, le spécimen de 2002, connaîtra-t-il le triste sort de Sakhee, le modèle de 2001 ? Tout le laisse croire. Venu de plus bas que son prédécesseur (médiocre deuxième du Grand Prix de Deauville, l´an passé, à deux longueurs et demie de Holding Court et battu de douze longueurs, l´été dernier, dans la Coronation Cup, par son cadet allemand, Boreal, celui-ci non-placé, hier, dans l´Arc...), il redescendra probablement sur le dos ces marches de la gloire qu´il a grimpées quatre à quatre, en dix semaines d´exaltation féérique, pour parvenir au sommet. Faut-il en rire ou en pleurer ? Comme nous, le public de Longchamp était partagé : lors du retour du lauréat aux Balances, on pouvait entendre autant d´applaudissements que de sifflets...

"Une course en or !" dira Lanfranco Dettori. C´est vrai que Marienbard a été piloté par un grand artiste : quel sens de l´économie, quel sens du train ! Pas un mètre de trop durant tout le parcours, la botte du jockey touchant la lice (qui était "à zéro", le fameux tapis roulant fonctionnait à tout va !) et le cheval bien posé sur son mors en cinquième ou sixième position. Un pas de danse, au début de la ligne droite, et le voici qui voit le jour, là où il faut, pas trop loin de la corde et quand il le faut. C´est ainsi qu´on se rend maître, sans effort apparent, de deux lauréats de trois derbies, Sulamani (Chantilly) et High Chaparral (Epsom et Le Curragh).

Pour être honnêtes, empressons-nous d´ajouter que, si Dettori a eu une course en or, Thulliez, le jockey de Sulamani, a tracé un parcours de plomb ! La tactique qui lui avait si bien réussi avec le fameux "souterrain des pirates" de Chantilly était suicidaire avec la lice à zéro de Longchamp. Pour contourner victorieusement tout le peloton par l´extérieur, un jour d´Arc, en revenant des derniers rangs, il faut s´appeler Dancing Brave (1986) ou bien Peintre Célèbre (1997). Sulamani n´est pas tout à fait de cette race-là. Il restera seulement, dans la mémoire des sportsmen, comme le "gagnant moral" de 2002, année de médiocre millésime.

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