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L´INSOLENCE ET LA GLOIRE   -   Chroniques du turf   1979-2004

michmorice

Simple vérification expérimentale

2 juin 2003

Entre vingt et vingt cinq poulains, samedi prochain, au départ du Derby d´Epsom. Six, plus un cheval de jeu, hier, dans l´équivalent cantilien. Comment un tel déséquilibre peut-il exister ? C´est qu´au pays de Descartes la priorité est donnée à la raison, à la théorie pure, avec pour seul danger le ridicule du dogmatisme. Tandis que le réalisme, le pragmatisme, voire l´opportunisme sont la règle dans la patrie de David Hume, le philosophe de l´empirisme.

Donc, le Prix du Jockey-Club c´était une affaire courue et classée depuis longtemps, dans la tête des intellectuels du turf français. Hier, à Chantilly, lesdits six personnages n´avaient été convoqués sur le turf que pour une vérification expérimentale superfétatoire, à l´usage exclusif des esprits simples incapables de visualiser mentalement les belles constructions des abstracteurs de quintessence. Le scénario était écrit. Les acteurs étaient seulement priés de tenir convenablement leurs rôles.

Ils les ont tenus. Chacun a pris la place que la raison lui assignait. Le bonheur fut ailleurs : dans la manière avec laquelle les uns et les autres ont fait ce qu´ils devaient faire. Superbe, suprême, la décontraction des deux cracks, le cheval, Dalakhani, le jockey, Soumillon. Splendide, époustouflant, le changement de rythme, l´accélération fulgurante, à mi-montée, quand le petit phénomène de l´Aga Khan, suivi comme prévu à distance respectueuse par le brave Super Célèbre, a laissé sur place, en donnant une impression de facilité come on en voit peu dans toute une vie de sportsman, le petit peloton, emmené par ce pauvre lourdaud de Papineau (lequel, comme on pouvait le craindre, était bien doté de moyens physiques trop importants pour ne pas se planter dans la montée de Chantilly).

Elégante, empreinte de fair-play, pleine de panache, enfin, cette fin de course "en roue libre" des deux protagonistes, leurs jockeys relevés tout au long des cent derniers mètres. Leurs adversaires étaient écrasés à plates coutures, le premier dominait le second de la tête et des épaules : pour l´un comme pour l´autre, il était inutile de poursuivre une démonstration qui avait été aussi aveuglante des 400 aux 200 mètres. Oui, si l´on voulait résumer au mieux le sentiment qui nous reste, après ce Prix du Jockey-Club de grand millésime, on dirait : chacun dans son registre, les deux hommes et les deux poulains ont dominé leur sujet.

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