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L´INSOLENCE ET LA GLOIRE   -   Chroniques du turf   1979-2004

michmorice

Un flegme souverain !

6 octobre 2003

L´ange ou la bête ? Eternel combat entre l´idée pure et la brutale réalité. Du plus loin qu´on l´observait, l´Arc de Triomphe de 2003 se dessinait comme une limpide épure, avec son Dalakhani cristallin qui accrochait et renvoyait la moindre lueur pour attirer sur lui tous les regards. Et voilà que, à la veille du grand jour, le bruit et la fureur s´invitaient à la fête et venaient menacer la tranquille harmonie de nos douces certitudes. Une dizaine de menaçants malabars, précédés par deux dangereux chevaux de main, s´étaient promis de muer la gente joute en un vil pugilat. Pour tout simplifier, ne fallut-il pas encore qu´in extremis le ciel se mît aussi de la partie, outrageusement favorable à la cause des loubards, les fortes pluies de la nuit de samedi à dimanche ayant crotté le beau velours tout neuf de Longchamp (lice mobile à zéro). L´ordre allait-il faire place au chaos ?

Non, Dieu merci ! Ou plutôt merci Soumillon... Allant de pair avec le flegme de l´animal, le sang-froid du jeune jockey a fait merveille, d´un bout à l´autre d´une course qui aurait été un guet-apens pour combien d´autres de ses confrères ! Le plus mauvais numéro à la corde, un train rapide dès le départ, un terrain plus que collant, à la limite du lourd... Que fallait-il faire ? Eh ! bien, ce que fit Soumillon : musarder aux derniers rangs en attendant tranquillement que la situation se décante. Une course "dure" n´a-t-elle pas deux conséquences logiques : d´abord l´élimination prématurée des simples "utilités"; puis la promotion des vrais talents ?

Dès le bas de la descente, le première partie du programme était réalisée. Par la seule force de sa grande action, Dalakhani avait déjà gobé le menu fretin. C´est ici qu´il ne fallait surtout pas avoir un "lâcher de nerfs", comme disent les jockeys. La patience s´imposait encore. Soumillon patienta. Mais, dès le Pavillon, voilà que Mathusalem Mubtaker (6 ans) creusait le trou, non loin de la corde. Que faire (bis) ? Attendre encore ? Des tribunes, bien installés dans leurs fauteuils, la plupart des "bons" observateurs étaient de cet avis. Interviewé par le staff de Canal +, Yves Saint Martin le pensait même encore dix minutes après l´arrivée : il jugeait que Soumillon était "venu trop tôt" !

Mais non ! Soumillon a la vista, l´intuition - ou plutôt la réflexion, le discernement - des artistes du genre. Il est de la race des Piggott, des Asmussen, des Dettori et des Peslier, les quatre plus grands jockeys - en tous cas, ceux qui ont su le mieux coordonner les dons du cavalier avec l'intelligence du stratège - qu´il nous a été donné de voir en piste, au cours des quarante dernières années. Soumillon comprit qu´il ne fallait pas laisser partir le vieil anglais coriace. Il se lança donc aussitôt à sa poursuite, mais - comment dire ? - en douceur, sans heurt, progressivement, évitant de demander un effort trop brusque à sa monture. Et c´est ainsi qu´à vingt-deux ans il remporta son premier Prix de l´Arc de Triomphe, avec un faible écart (trois-quarts de longueur) sur le deuxième, mais en dominant son sujet d'une classe.

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